Ambioterra participe à la consultation sur la Politique de la faune du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) amorce l’élaboration de la première politique gouvernementale sur la faune au Québec.  Selon le MFFP, cette politique vise à proposer une vision d’avenir pour la faune en mettant en lumière son importance et à mobiliser les acteurs concernés ainsi que la population autour d’objectifs communs en matière de conservation et de mise en valeur de ces ressources.  Voici les principaux éléments de notre analyse sur ce projet de politique.

Premièrement, nous sommes d’avis qu’il aurait été pertinent que le MFFP réalise avant la consultation en cours un bilan ou un état de situation afin de proposer des solutions et une vision adaptée et adéquate pour l’avenir de la faune au Québec.  Ce bilan aurait pu ou aurait dû contenir les éléments suivants afin d’orienter la consultation et d’outiller les participants :

• l’évaluation de la situation des habitats fauniques au Québec.  Le but étant de cibler et de hiérarchiser les interventions à poser;

• l’évaluation de la situation des espèces exotiques envahissantes et de leurs impacts sur les habitats et la faune indigène.

• l’évaluation du phénomène de fragmentation des habitats et de son ampleur (surtout dans le sud du Québec où se trouve la plus grande biomasse)

• l’évaluation de l’application des lois et règlements en matière de contrôle des activités de piégeage, chasse et pêche (braconnage).

• l’évaluation de l’impact des changements climatiques sur les habitats fauniques et sur la faune elle-même.

Deuxièmement, au cours des dernières années, nous avons pu constater une nette diminution de l’implication du MFFP au niveau de la gestion de la faune. Citons, par exemple, les nombreuses coupures comme celles du nombre d’agents de la faune, au niveau des suivis des populations fauniques à risque ou vulnérables, au niveau de l’analyse des données en laboratoire et de l’analyse des données collectées. Hors cette «saignée» doit cesser le plus rapidement possible.

Troisièmement, à notre avis, il faut changer d’approche afin d’adopter au minimum une approche écosystémique, multi-espèces. Actuellement, nous mettons tous nos efforts sur une ou des espèces en particulier sans se préoccuper des autres espèces autour et sans se préoccuper de l’habitat dans lequel on retrouve cette espèce.  Notre vision actuelle de la gestion de la faune semble anthropocentriste et mercantile.  Nous devrions repenser notre approche et s’assurer que la protection de la biodiversité et de la faune par conséquent n’est pas subordonnée à l’économie et au besoin de dégager des profits.

Quatrièmement, le travail de protection de la faune en terre de tenure privée devrait être favorisé. Beaucoup d’efforts ont été faits en ce qui a trait aux terres publiques, mais encore peu en terres privées. Hors les animaux ne connaissent aucune frontière administrative et se déplacent autant sur les terres publiques que privées.  De plus la grande majorité des terres de tenure privée sont situées dans le sud du Québec, là où les populations animales et végétales sont les plus importantes (biomasse).  L’approche de protection et de conservation de la faune en terre privée est actuellement inadéquate pour réaliser son objectif de protection. Actuellement, un des seuls incitatifs pour un propriétaire privé de protéger un habitat faunique est de créer une réserve naturelle (ce qui est très contraignant) pour bénéficier d’un congé de taxes foncières. Il n’existe actuellement aucun autre incitatif pour un propriétaire de protéger son patrimoine naturel.  Cette situation rend notre tâche de protection de la faune très difficile.

Cinquièmement, l’adoption d’une politique pourquoi ? Nous nous questionnons sur les résultats escomptés de l’adoption de cette politique ? En effet, nous avons adopté plusieurs politiques au Québec. Pour la plupart, elles n’ont eu qu’un impact mitigé sur le sujet abordé dans ladite politique. Un exemple flagrant, l’adoption de la politique sur les rives et littoral qui est incorporée dans la plupart des schémas d’aménagement des MRC et qui devrait être, en principe, incorporée dans les règlements municipaux. Hors dans la plupart des cas au Québec, les municipalités n’ont pas adopté de règlement concordant. Il demeure possible pour un inspecteur des cours d’eau et/ou un inspecteur municipal de tenter d’appliquer la politique (si elle est contenu dans le schéma sous forme de règlement de contrôle intérimaire). Mais règle générale, cette politique qui visait à prévenir, entre autre, les problèmes d’érosion en milieu agricole n’est pas appliquée.  Ainsi, malgré l’existence de cette politique, les cours d’eau en milieu agricole au Québec, et surtout en Montérégie, sont toujours pollués et conséquemment l’habitat du poisson est compromis.  Nous espérons donc que si cette politique voit le jour, qu’il en résultera des lois et règlements qui seront appliqués de sorte que son objectif de protection de la faune soit mis en œuvre.